
C’est pratique.
On clique sur un bouton.
On regarde la petite barre avancer.
On se sent vaguement productif.
Et hop, une intelligence artificielle vous colle des sous-titres sur une vidéo.
Le progrès, avec une barre de chargement.
Sauf que.
Les règles du sous-titrage ?
Bof. On verra plus tard.
Le confort de lecture ?
Détail décoratif.
Les personnes malentendantes, pour qui le sous-titrage est quand même, à la base, un outil d’accessibilité ?
Ah oui. Elles.
On les avait presque oubliées entre deux effets “mot par mot”, façon karaoké sous caféine.
Et puis on ne vérifie pas vraiment.
Donc parfois, l’IA affiche des mots qui n’ont rien à voir.
Avec des fautes.
Des coupes absurdes.
Des phrases qui arrivent trop vite.
Ou qui traînent comme un invité qu’on n’a pas osé raccompagner.
Mais ce n’est pas grave.
Ça bouge.
Ça clignote presque.
Donc, dans une réunion, quelqu’un dira que c’est “fluide”.
On pourrait appeler ça du psittacisme numérique : des mots bien rangés, mais pas toujours habités.
Et le pire reste souvent la traduction automatique.
Parce qu’une intelligence artificielle peut traduire des mots.
Mais elle ne comprend pas toujours l’intention, le contexte, le ton, la nuance.
Elle sous-titre.
Très bien.
Mais parfois, elle sous-traite le sens.
Là où un traducteur humain, natif de la langue, peut adapter le message, retrouver l’esprit d’une formule, sauver une intention fragile, l’IA déroule.
Elle ne doute pas.
Elle ne fronce pas les sourcils.
Elle ne s’arrête pas sur une expression en se disant : “Là, si je traduis mot à mot, je vais fabriquer une chaise bancale.”
Elle traduit.
Parfois du français vers l’anglais, puis de l’anglais vers la langue demandée.
À chaque passage, le message perd un bouton de chemise.
À la fin, il reste quelque chose.
Des mots, oui.
Mais le sens, lui, est déjà descendu deux stations plus tôt.
Sans prévenir.
Et sans sous-titre.